Extraits de ma lettre ouverte aux adolescents

Chaque semaine je livre un chapitre de ma lettre ouverte aux adolescents qui ont entre 11 et 17 ans en 2020.

Voici le 

Chapitre 3 : L’adolescence, se sentir reconnu dans sa particularité,et la quête de sortie des symbioses douloureuses?

A 12 ans, je tombe amoureux, et je deviens fou…

Je dirais poétiquement que j’ai vécu 1000 vies à l’adolescence…

De 13 à 23 ans, j’ai mené une guerre contre moi même, plus féroce que bien des guerres extérieures, j’ai failli y perdre la vie à plusieurs reprises.

S’impose alors à moi une quête de sens de la vie qui ne me quittera plus pendant longtemps. A cette période je me disais, que, si je trouvais un moyen d’aller plus vite que la pensée, je pourrais peut-être passer de l’autre côté du miroir et trouver le sens de la vie… Comme une quête d’épopée derrière le trésor du sens de la vie…

Je passe par toutes sortes d’expériences pour combler mes vides intérieurs, alcool drogues, et je passe par un coma suite à une prise de drogue au début de mon adolescence,  et je mettrai beaucoup de temps à récupérer en partie d’un handicap de mémoire et de capacités cognitives et physiques.

Bref, là où je veux en venir c’est que ce besoin de vivre dans une sorte d’épopée folle et infernale en quête de sensations fortes, et de prises de risques sur soi, doit vous alarmer et qui doit vous faire consulter une personne de confiance, un éducateur, un psy, dont le métier est la quête d’équilibre. Voir rejoindre des groupes de parole, j’en parle plus loin. Sinon vous risquez un déséquilibre qui pourrait s’installer très longtemps dans votre vie. La quête spirituelle ou religieuse peut être une lumière, mais attention au rejet et à l’éloignement avec les autres, sous tendue pour des raisons historiques par certains courants de type religieux. J’en parle plus loin.

Vu sous un autre angle, l’adolescence est une période où notamment on a besoin d’élargir ses groupes d’appartenance que sont la famille, les amis l’environnement social. Et la beauté de toute adolescence est pour certains cet élargissement et cet amour en provenance de ce noyau familial originel. Ou bien, pour les autres, c’est une cocotte-minute dont le  couvercle explose, à la recherche d’oxygène et de reconnaissance dans des groupes d’appartenances variés, en rébellion ou en opposition, mais alors pas en interrelation. (Voir le schéma de l’interdépendance en Annexe 1).

Cette quête de nouveaux groupes d’appartenance est naturelle je crois, on peut le dire de mille manière différentes, mais veiller à ce que cette quête soit sécurisée est important, et cela se voit à l’aulne de ce qui est prôné par ces nouveaux groupes d’appartenance, et notamment veiller à ce qu’ils ne vous poussent pas à aucune violence

Je ne parle pas ici de violence aux autres, c’est un sujet différent dont je parle plus haut et dans un chapitre plus bas.

Et puisqu’il est question de défusion avec son groupe  la familiale ici, je voudrais apporter un éclairage sur l’attitude différente de tout parent, en fonction de chacun de ses enfants, quand il, ou elle, a eu plusieurs enfants : on est d’un côté, «accroché différemment suivant les yeux de chacun de nos enfants», parce que chaque enfant est différent ; et de l’autre, un parent est dans une phase différente de sa vie pendant l’âge tendre de chaque enfant. De fait, il a eu des circonstances de vie, induisant des comportements différents vis-à-vis de chaque enfant.

Et puis je voudrais apporter un éclairage sur les rivalités et les jalousies au sein des familles : quand je vois une famille en difficultés d’entente ou de communication, cela dépasse bien souvent l’entendement des parents, car un enfant qui a eu plus d’attention que les autres va faire l’objet de jalousie de la part de ses frères et sœurs, mais souvent les rôles induits par les parents dans leur rapport avec leurs enfant ne sont pas conscients. De mettre à jour ces rôles permet généralement à l’harmonie de revenir petit à petit. La famille, lieu de grande proximité entre ses membres, est aussi le lieu où les plus grandes vulnérabilités se dévoilent, le jugement n’est alors pas bon conseiller pour avancer dans ce cheminement de la proximité.

Je vous donne un exemple : la plus jeune sœur d’une famille de trois enfants, m’appelle et me demande une séance de thérapie familiale avec ses frères et sœurs, plus grands qu’elle, car ils ne se parlaient plus et elle souffrait de cela. Ils avaient 22, 24 et 27 ans respectivement, et le grand frère avait eu le rôle de celui qui doit toujours aller de l’avant, montrer l’exemple, et ne pas se retourner en arrière, le frère cadet ne supportait pas cette attitude qu’il prenait pour une attitude hautaine à son égard, et avait des prises de becs répétées avec le grand frère, et la petite sœur souffrait de cette atmosphère d’incommunicabilité. Bien qu’elle avait conscience la situation, elle ne voyait pas comment sortir de cette impasse de querelles qui finissaient par l’envahir de tristesse. Quand le grand frère a compris le rôle qui lui avait été institué par son milieu familial, il s’est effondré, voyant la cause des tensions passées de sa responsabilité, et de son inconscience du rôle qu’il avait endossé à son corps défendant. Le frère cadet a alors compris qu’il supposait une position hautaine chez son grand frère à son égard, alors que celui-ci n’en avait aucune, et butait sur ce quiproquo, et la petite sœur s’est réjouie de voir une énergie saine revenir entre ses frères. Un éclairage sur les rôles institués par les parents, installés de manière inconsciente par les parents a définitivement permis une prise de recul des trois frères et sœur. Je tiens à dire que les parents ne sont pas fautifs, ils sont eux même le jouet d’injonctions de leurs ascendants qu’ils ne conscientisent pas la plupart du temps. Ce n’est que cela !

Par ailleurs, les incompréhensions au sein des familles viennent bien souvent de peurs, ou d’émotions non exprimées, je retrouve souvent les enfants et les adolescents dans les évitements que veulent leur éviter leurs parents. La subtilité,  ici,  n’a pas de limites, et il existe bon nombre de littérature à ce sujet sur la thérapie familiale, qui est passionnante à mes yeux, mais je voudrais vous amener à un éclairage simple : il y a deux voies pour grandir : la lutte contre les autres, voir les siens, et une voie de recherche de compréhension qui est bien plus intéressante à creuser. Ainsi vous allez prendre conscience que vous avez bien plus de pouvoir que vous ne le croyez, en voyant les automatismes de comportements autour de vous. La plupart du temps, il n’y a pas d’intention négative à votre égard, et votre prise de conscience va en miroir vous faciliter des comportements plus adaptés, moins empreints d’automatismes. Je ne parle pas ici de cas manifeste de maltraitance ou d’agressivité manifeste.

Derrière les dépressions, je trouve toujours un grand besoin de reconnaissance non satisfait, or il y a de multiples moyens d’avoir et de donner des signes de reconnaissance :

Ecrire, échanger, rejoindre des groupes de parole, faire du théâtre,: ce qui nous taraude devient alors l’occasion d’un magnifique exercice, où les échanges ainsi créés, nous donnent un moyen d’avoir ces signes de reconnaissance. S’il y a eu manque, il y a eu déjà reconnaissance à priori, et c’est là l’alchimie de la vie, et d’une manière ou d’une autre, mon message est un message profondément optimiste, un jeune qui est en manque de reconnaissance, la trouvera un jour ou l’autre, dans sa quête de paix de l’esprit.

Maintenant, il est un autre moyen d’obtenir des signes de reconnaissance, usité par bon nombre d’adolescents, en prenant des risques, or prendre des risques est ok si on ne se met pas en danger. Si c’est se mettre en danger pour se sentir vivre c’est un besoin de stimulation qui a besoin d’être exploré pour le reconnaitre, afin de vivre une vie plus paisible.

Des manques de reconnaissance, viennent tous les jeux psychologiques dans lesquels on se retrouve tous ici ou là, à un moment donné, que ce soit en tant que victime («pauvre de moi», «j’y arriverai jamais», et autres jeux de victime, mais ce n’est pas pour autant une raison de se juger, simplement de s’interroger sur notre besoin de stimulation à ce moment-là) , ou en tant que persécuteur (les persécuteurs sont des impatients devant les autres et leurs supposées lenteurs, et qui en fait, les aveugle en miroir) ou en tant que sauveur (que c’est bon d’être remercié pour notre aide…) Mais dans ces trois cas-là, on n’est généralement pas en contact avec ses vrais besoins, qui eux sont des besoins de lien, d’exprimer ses émotions tout simplement.

 

 

Et vous, au cours de votre préadolescence ou votre adolescence, quels sont les points qui vous touchent dans ces lignes, y aurait-il des livres ou une ou des  personnes à consulter pour nourrir votre besoin d’être en contact avec les autres, sans vous mettre en danger?